Les élections des députés au Parlement européen devraient contribuer à impulser un nouvel élan aux actions européennes, tandis que certains secteurs profiteront des mesures prises par la législature actuelle, estime-t-on chez Oddo BHF, qui a publié mercredi ses positions sur le scrutin qui se déroulera du 6 au 9 juin.
Le scénario central retenu par le chef économiste d'Oddo BHF, Bruno Cavalier, est celui d'un renouvellement d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne, suggérant une continuité dans les décisions européennes.
Le nombre de siège des trois partis formant la coalition actuelle (libéraux de Renew, sociaux-démocrates du S&D et conservateurs de l'EPP) devrait passer de 419 sur 705 à 407 sur 720, une majorité confortable qui pourrait néanmoins se diviser à l'occasion de certains votes, selon le site "Europe Elects" cité par Oddo BHF.
Quant aux partis d'extrême droite, qui devraient fortement renforcer leur présence au Parlement européen, Bruno Cavalier souligne que leur positionnement n'est plus comparable à celui de 2014, car il n'est désormais plus question de quitter l'Union européenne (UE): le risque politique est donc moindre.
Dans ce contexte, le gérant d'actifs recommande à court terme de basculer sur les actions européennes à partir du 10 juin, après avoir jusqu'ici favorisé les actions américaines.
"L'écart de performance entre les deux zones atteint un plus bas et commence à s'inverser", constate Thomas Zlowodzki, responsable de la stratégie actions chez Oddo BHF.
Le différentiel de marge d'Ebitda s'est accru de 59 points de base rien qu'au premier trimestre 2024 entre les sociétés du S&P 500 et du Stoxx 600, pour atteindre presque 300 points de base, selon des chiffres Datastream cités par Oddo BHF. La décote de valorisation des valeurs européennes par rapport à leurs homologues américaines atteint 35% fin mai, contre une moyenne historique à 18% et un plus bas à 38%, touché en février.
"Le soulagement qui suivra les élections européennes et la perspective des élections aux Etats-Unis pourraient être favorables aux titres européens", explique Thomas Zlowodzki, évoquant le scrutin présidentiel américain prévu en novembre.
Le rebond de l'économie de la zone euro et la baisse des taux de la Banque centrale européenne (BCE), qui interviennent parallèlement au ralentissement de l'activité américaine, soutiendront par ailleurs les indices actions européens, juge le groupe de gestion.
Un peu de volatilité sera probablement observé en amont des élections, les investisseurs craignant que la progression des partis de droite ne représente un risque. Par ailleurs, les arguments toujours solides des actions américaines - importance du secteur technologique, moindre exposition à la Chine, indépendance énergétique et dollar fort- justifient, à terme, de ne pas négliger les titres américains, souligne Oddo BHF.
GAGNANTS ET PERDANTS
Trois secteurs devraient continuer à bien se comporter, quel que soit le résultat des élections, grâce à des tendances de fond favorables.
Les semiconducteurs, d'abord, dont l'importance est reconnue par l'ensemble des partis politiques et qui profiteront du déploiement de l'"European Chip Act", qui engage 43 milliards d'euros de soutiens financiers publics et privés selon des chiffres de la Commission cités par Oddo BHF.
La défense, ensuite, le budget y étant consacré par l'UE étant inférieur d'une trentaine de pourcents à celui des États-Unis, ce qui laisse une marge importante de progression malgré des valorisations élevées. Thomas Zlowodzki remarque par ailleurs que les "pratiques de place changent, les investisseurs allemands commençant à acheter des titres du secteur" depuis l'invasion de l'Ukraine.
Enfin, les titres des groupes de services publics liés aux réseaux électriques devraient continuer à être soutenus par le thème de la sécurité énergétique, estime Thomas Zlowodzki.
A l'inverse, le scepticisme autour de la voiture électrique pèsera sur le secteur automobile, également confronté à la concurrence américaine et chinoise. La compétitivité européenne devrait rester durablement dégradée, hors "forte mobilisation et coopération accrue" des États membres, "très hypothétique à ce stade", explique Oddo.
Le secteur européen aéronautique continuera de lutter contre des vents contraires, en particulier les exigences de décarbonation et une fragmentation trop importante - 80% du trafic est assuré par 28 compagnies aériennes, contre seulement 7 aux États-Unis. Un assouplissement des règles anticoncurrentielles de la Commission européenne permettrait de pallier cet éclatement du marché, mais un tel changement demeure incertain, conclut Oddo BHF.
(Rédigé par Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)

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